{"id":21209,"date":"2026-02-19T16:37:02","date_gmt":"2026-02-19T16:37:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.maiamuller.com\/?post_type=exposition&#038;p=21209"},"modified":"2026-03-11T16:17:30","modified_gmt":"2026-03-11T16:17:30","slug":"celia-muller","status":"publish","type":"exposition","link":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/exposition\/celia-muller\/","title":{"rendered":"From clouds to swamps"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab [\u2026] J\u2019aime mieux parler de la pens\u00e9e qu\u2019on trouve par des chemins parall\u00e8les. \u00bb Joseph Beuys*<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Trouer le paysage et trouver l\u2019espace. \u00bb** C\u2019\u00e9tait l\u2019aube, sa demeure n\u2019\u00e9tait qu\u2019une lueur dans la faiblesse du jour, un point blanc sur son papier. Sit\u00f4t ces mots \u00e9crits, sit\u00f4t elle prit le d\u00e9part. Direction l\u2019Est, l\u2019amiti\u00e9, les brumes et les montagnes, les v\u0153ux et les pierres de cristal. Voyage, voyage comme lorsqu\u2019elle se perd dans son ouvrage : \u00ab Dessiner, c\u2019est cathartique. Je disparais et j\u2019y vais. \u00bb O\u00f9 ? Elle improvisa une r\u00e9ponse : \u00ab A chaque fois, il y a une id\u00e9e-fen\u00eatre, un trou dans le mur. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 loin, \u00e0 peine sortie de l\u2019\u00c9cole des Beaux-Arts, \u00e0 peine quitt\u00e9 le centre-ville de Metz et d\u00e9j\u00e0 la route perdait la boussole de la r\u00e9alit\u00e9. Elle s\u2019allongeait, serpentait, se prolongeait. Plus les kilom\u00e8tres s\u2019additionnaient plus l\u2019espace int\u00e9rieur s\u2019\u00e9tendait. Elle se demanda, comme \u00e7a : \u00ab Pourquoi les gens restent-ils dans leur maison si elle est hant\u00e9e ? \u00bb Dans le ciel du matin finissant, un fant\u00f4me lui r\u00e9pondit, immacul\u00e9 et flottant comme un nuage. Mais une r\u00e9ponse de fant\u00f4me, fallait-il s\u2019y fier ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un fant\u00f4me, deux fant\u00f4mes, les nuages l\u2019accompagnaient\u2026 Ces fant\u00f4mes, amis des fantasmes, pouvait-elle leur confier ses interrogations d\u2019enfant, d\u2019artiste, de femme, d\u2019avenir ? Dans ces horizons, immanquablement, elle recroisait tout un peuple de souvenirs, o\u00f9 personne ne respectait son propre ordre d\u2019apparition. \u00ab Le jeu de la m\u00e9moire me fascine \u00bb, pensa-t-elle et aussit\u00f4t apparut dans son esprit une photographie. Elle la dessinerait \u00e0 l\u2019encre de tatouage et au pastel volatil, comme d\u2019habitude. En noir et en contrastes, comme toujours. \u00ab Je voudrais trouver la profondeur de la surface, chercher la lumi\u00e8re dans le noir. \u00bb Elle s\u2019adressait \u00e0 elle-m\u00eame des d\u00e9clarations dans la solitude de la vitesse motoris\u00e9e se souvenant d\u2019une passion : \u00ab Marcher en for\u00eat la nuit, laisser les iris s\u2019adapter \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9. \u00bb Une question d\u2019intensit\u00e9 ? Comme celle des minuscules points blancs surgissant tr\u00e8s lumineux des noirs tr\u00e8s pigment\u00e9s des dessins.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle savait d\u2019avance que son dessin serait diffus, qu\u2019il chercherait cet \u00ab espace entre-deux, entre l\u2019imaginaire et le r\u00e9el \u00bb. Pourquoi ? La r\u00e9ponse surgit de l\u2019asphalte : \u00ab J\u2019ai du mal \u00e0 montrer pr\u00e9cis\u00e9ment les visages, je ne cherche pas \u00e0 identifier des personnes ou des lieux car cela met une distance. Alors que les effacements sont des surfaces de projection imaginaire. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure de l\u2019\u00e9loignement, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 s\u2019affirmait. Elle se mit \u00e0 fredonner \u00ab Voyage, voyage \u00bb. Elle pensait \u00e0 l\u2019image de cette jeune femme, dansant sur une montagne. Elle avait aim\u00e9 la dessiner. Comme toujours le dessin avait recadr\u00e9 la photo. \u00ab Je recadre toujours l\u2019image d\u2019origine, constata-t-elle. Elle impose les dimensions du cadrage. J\u2019ai toujours un cadre dans le cadre. \u00bb Une mani\u00e8re de po\u00e9tiser le r\u00e9el comme elle aime le faire pour ces anciennes photos minuscules aux bords de dentelles, qui furent port\u00e9es si longtemps pr\u00e8s du c\u0153ur, dans une poche, un portefeuille mais pr\u00e8s du corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour se dissolvait dans les heures et les kilom\u00e8tres. Il faudrait bient\u00f4t faire une halte. Pr\u00e8s d\u2019une montagne, elle vit une femme tenant dans ses mains une pierre de quartz blanche, comme le c\u0153ur battant d\u2019un fant\u00f4me. Elle fut \u00e9mue aux larmes et se sentit submerg\u00e9e par une \u00e9motion. Comme une immense vague d\u2019oxyde de fer mat aux reflets vert et rouge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><br>Annabelle Gugnon<\/p>\n\n\n\n<p>*Joseph Beuys, \u00ab Par la pr\u00e9sente, je n\u2019appartiens plus \u00e0 l\u2019art \u00bb, \u00e9d. L\u2019Arche, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p>** Toutes les citations sont des propos de C\u00e9lia Muller recueillis par l\u2019auteure du texte le 21 f\u00e9vrier 2022 \u00e0 Metz.<\/p>\n\n\n\n<p>Annabelle Gugnon est psychanalyste et critique d&rsquo;art. Elle a \u00e9t\u00e9 journaliste pour Beaux-Arts et collabore r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Art Press.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Avec le soutien aux galeries \/ exposition du Centre national des arts plastiques<\/p>\n","protected":false},"featured_media":21212,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"tags":[6],"class_list":["post-21209","exposition","type-exposition","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","tag-passees"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/exposition\/21209","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/exposition"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/exposition"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21212"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21209"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21209"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}