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{"id":21218,"date":"2026-02-19T17:22:04","date_gmt":"2026-02-19T17:22:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.maiamuller.com\/?post_type=exposition&#038;p=21218"},"modified":"2026-03-12T13:41:30","modified_gmt":"2026-03-12T13:41:30","slug":"vincent-bizien","status":"publish","type":"exposition","link":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/exposition\/vincent-bizien\/","title":{"rendered":"How deep is your glove"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab Le monde n&rsquo;est qu&rsquo;une branloire p\u00e9renne. Toutes choses y branlent sans cesse : La terre, les rochers du Caucase, les pyramides d&rsquo;\u00c6gypte : Et du branle public, et du leur. La constance m\u00eame, n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;un branle plus languissant. Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant, d&rsquo;une ivresse naturelle. Je le prends en ce point, comme il est, en l&rsquo;instant que je m&rsquo;amuse \u00e0 lui. [\u2026]. Il faut accommoder, mon histoire \u00e0 l&rsquo;heure. Je pourrai tant\u00f4t changer, non de fortune seulement, mais aussi d&rsquo;intention. C&rsquo;est un contrerolle de divers et muables accidents, et d&rsquo;imaginations irr\u00e9solues. Et quand il y \u00e9choit, contraires : Soit que je sois autre moi-m\u00eame : Soit que je saisisse les sujets, par autres circonstances, et consid\u00e9rations. \u00bb Montaigne, \u00ab Du Repentir \u00bb, Essais III, 2 1<\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p>Troubles et chancelants, les \u00eatres peints par Vincent Bizien s\u2019accommodent du seuil qu\u2019offre la toile ou la feuille de papier. La b\u00e9ance offre un havre \u00e0 leur errance marginale. O\u00f9 tra\u00eenent-ils leur carcasse, ces \u00eatres ? Ni compl\u00e8tement de chair, ni enti\u00e8rement de songe, ils sont les m\u00e9tisses de r\u00e9alit\u00e9s vues, entrevues, per\u00e7ues, d\u00e9\u00e7ues. Mister Nobody vagabonde dans les \u0153uvres de l\u2019artiste depuis plusieurs ann\u00e9es. Idiot, l\u2019\u00e9tiquette lui colle \u00e0 la peau, mais c\u2019est pour lui un rem\u00e8de afin de ne pas se refl\u00e9ter dans le miroir si trouble de la soci\u00e9t\u00e9. \u00ab Sa d\u00e9ambulation n\u2019est pas ais\u00e9e, les bras ballants, le long du corps ou tendus vers l\u2019avant \u00e0 la zombie, une chevelure massive et primitive. Mr Nobody est parfait. \u00bb 2. Avec ses avatars, il poursuit ses d\u00e9ambulations dans les toiles r\u00e9centes de Vincent Bizien. Cr\u00e9ature sans nom, elle a engendr\u00e9 une douce descendance d\u2019\u00eatres fant\u00f4mes. Par le biais du dessin et de la peinture, l\u2019artiste instaure un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate qui permet la venue de tels protagonistes. Saisis dans la promptitude de l\u2019apparition, ils se d\u00e9robent parfois, disparaissent et se m\u00e9tamorphosent sous le pinceau, au fil du temps et au gr\u00e9 de toiles palimpsestes. Quand point le d\u00e9nouement, l\u2019\u0153uvre tend vers l\u2019ach\u00e8vement. Alors l\u2019\u00eatre errant a trouv\u00e9 en l\u2019\u0153uvre sa terre d\u2019accueil. Mais de quoi la toile est-elle le nom ? Les avatars de Mister Nodoby \u00e9clipsent les identit\u00e9s et pr\u00e9f\u00e8rent les pronoms neutres. Ils ne sont, en aucune fa\u00e7on, impersonnels. Vincent Bizien qualifie ses \u0153uvres de r\u00e9alisme subjectif. Il ne reproduit pas les contours d\u2019un mod\u00e8le vivant au sein d\u2019un monde ordonn\u00e9 : il contourne les lignes et rejoint les silhouettes en marge, l\u00e0 o\u00f9 en apparence ne r\u00e8gne que le chaos et o\u00f9 subsiste pourtant plus d\u2019une once d\u2019humanit\u00e9. N\u2019\u0153uvre-il pas en ex-centrique celui \u00ab qui a situ\u00e9 le centre de tout hors de tous les cercles o\u00f9 pourrait subsister ce qu\u2019on appelle un \u00ab centre \u00bb 3 ? L\u2019excentricit\u00e9 traverse l\u2019art depuis les vies d\u2019artistes r\u00e9dig\u00e9es par Giorgio Vasari au milieu du XVIe si\u00e8cle. L\u2019historien de l\u2019art Daniel Arasse la ram\u00e8ne \u00e0 la surface peinte dans une \u00e9tude magistrale des tableaux de Piero di Cosimo, artiste de la fin du Quattrocento. Il y discerne \u00ab une mani\u00e8re de ne pas entrer dans ce jeu des belles mani\u00e8res o\u00f9 l\u2019effacement des passions autorise aussi toutes les trahisons, toutes les d\u00e9ceptions \u00bb 4. La politesse de la peinture, Vincent Bizien la fait voler en \u00e9clats. Il extrait le suc des \u00e9tats affectifs. Pourtant, ce n\u2019est pas un spectacle de la cruaut\u00e9, tel que le souhaitait Antonin Artaud du th\u00e9\u00e2tre. Telle figure appara\u00eet comme m\u00e9lancolique, telle autre presque espi\u00e8gle, telle encore \u00e9gar\u00e9e, voire grotesque, tragi-comique, et parfois franchement sinistre. Figures dot\u00e9es d\u2019excroissances, figures dissimul\u00e9es sous les appendices, certaines restent suspendues, incertaines, tandis que d\u2019autres, guerri\u00e8res, h\u00e9sitent sur le combat \u00e0 livrer. La gestuelle est \u00e9vacu\u00e9e dans un d\u00e9tail \u00e0 port\u00e9e de doigt, \u00e0 mi-chemin entre la m\u00e9lancolie de l\u2019homme au gant de Titien et les mitaines dans lesquelles Mickey et Minnie dissimulent leurs griffes pour se faire moins souris. Les sujets peints par Vincent Bizien se repaissent de cette collusion de r\u00e9f\u00e9rences allusives : un tableau de Piero della Francesca, un film d\u2019horreur, une chanson de Portishead\u2026 Entra\u00een\u00e9e dans le sillage po\u00e9tique, sensible au moindre revers, l\u2019\u0153uvre porte le coup de gr\u00e2ce \u00e0 notre monde qui ne cesse de chanceler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">1 \u00c9dition d&rsquo;Emmanuel Naya, Delphine Reguig-Naya et Alexandre Tarr\u00eate, Folio classique, 2009.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">2 Vincent Bizien, \u00ab A Wasteland in Occidence \u00bb, Animal populaire, galerie Ma\u00efa Muller, 2015.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">3 Alain Jouffroy, Piero di Cosimo ou la for\u00eat sacril\u00e8ge, Paris, Robert Laffont, 1982.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">4 Daniel Arasse, \u00ab Piero di Cosimo, l\u2019excentrique \u00bb, Le sujet dans le tableau, Paris, Flammarion, 1997<\/p>\n\n\n\n<p>Sarah Ligner<\/p>\n\n\n\n<p>Conservatrice au Mus\u00e9e du Quai Branly \u2013Jacques Chirac<\/p>\n\n\n\n<p>Responsable de l&rsquo;Unit\u00e9 Patrimoniale Mondialisation Historique et Contemporaine<\/p>\n","protected":false},"featured_media":21220,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"tags":[6],"class_list":["post-21218","exposition","type-exposition","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","tag-passees"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/exposition\/21218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/exposition"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/exposition"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21220"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}