{"id":21255,"date":"2026-02-24T13:32:35","date_gmt":"2026-02-24T13:32:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.maiamuller.com\/?post_type=exposition&#038;p=21255"},"modified":"2026-03-12T17:06:44","modified_gmt":"2026-03-12T17:06:44","slug":"myriam-mihindou-5","status":"publish","type":"exposition","link":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/exposition\/myriam-mihindou-5\/","title":{"rendered":"Drunkenness"},"content":{"rendered":"\n<p>Ivresse<\/p>\n\n\n\n<p>Par Julie Crenn<\/p>\n\n\n\n<p>En linguistique, l\u2019\u00e9tymologie consiste \u00e0 chercher et \u00e0 comprendre les racines d\u2019un mot, \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler aussi le rapport qui existe entre le son (l\u2019\u00e9nonciation) et le mot (le signifiant). Cette association a longtemps \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue comme un trauma par Myriam Mihindou. Depuis plusieurs ann\u00e9es, l\u2019artiste s\u2019est immerg\u00e9e dans une recherche \u00e9tymologique pour \u00ab faire monter ma fleur de sel \u00bb et parvenir \u00e0 identifier les choses, \u00e0 d\u00e9passer les fronti\u00e8res, \u00e0 poser des images et des repr\u00e9sentations.1 D\u00e8s son enfance, elle est fascin\u00e9e par les dictionnaires et les encyclop\u00e9dies. Elle d\u00e9vore notamment les ouvrages m\u00e9dicaux de sa m\u00e8re alors directrice d\u2019un h\u00f4pital. \u00c0 travers la lecture et l\u2019observation des planches anatomiques, elle d\u00e9couvre le corps humain dans toute sa splendeur, elle apprend \u00e0 conna\u00eetre les maladies et les microbes. Il n\u2019est alors pas \u00e9tonnant de voir appara\u00eetre une nouvelle s\u00e9rie de sculptures intitul\u00e9e Amygdales. Les \u0153uvres, form\u00e9es de bois et de cuivre, prennent le b\u00e2ton de sourcier comme point de d\u00e9part pour ensuite adopter des formes v\u00e9g\u00e9tales et organiques. La s\u00e9rie r\u00e9sulte d\u2019une analyse d\u2019une pratique m\u00e9dicale courante consistant \u00e0 couper les v\u00e9g\u00e9tations. Pourtant, l\u2019artiste explique que les amygdales sont un point essentiel du corps : \u00ab un \u00e9l\u00e9ment de survie qui nous aide \u00e0 identifier, \u00e0 jauger et \u00e0 g\u00e9rer la peur \u00bb. Les retirer serait un moyen autoritaire et violent pour entretenir la peur, de perp\u00e9tuer la confusion. Ces \u0153uvres s\u2019inscrivent dans une r\u00e9flexion globale \u00e0 travers laquelle Myriam Mihindou examine les outils, tels que la m\u00e9decine et la langue, exer\u00e7ant une domination. Ceux-l\u00e0 m\u00eames participent d\u2019une colonisation des corps et des modes de pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9paration de l\u2019exposition s\u2019est effectu\u00e9e \u00e0 Meisenthal, non loin de la fronti\u00e8re franco-allemande. Au sein de ce territoire de<\/p>\n\n\n\n<p>lisi\u00e8res, elle r\u00e9alise des \u0153uvres in\u00e9dites. Myriam Mihindou rep\u00e8re le m\u00e9tissage des langues, les incongruit\u00e9s, les d\u00e9samours. La langue allemande interagit avec la langue fran\u00e7aise, deux cultures font alliance par les mots. Elle rel\u00e8ve ce qu\u2019elle nomme \u00ab la schizophr\u00e9nie de la langue \u00bb o\u00f9 un mot peut en cacher un autre, il contient une binarit\u00e9 o\u00f9 les significations s\u2019allient et se contredisent. En lutte contre la binarit\u00e9 scl\u00e9rosante sur laquelle les soci\u00e9t\u00e9s occidentales se sont construites, l\u2019artiste travaille la plasticit\u00e9 des mots, en sens propre comme au sens physique. Elle hybride alors les contraires en mariant le verre et cuivre, \u00ab des mat\u00e9riaux (incompatibles) \u00bb dont elle fabrique la relation. Il nous faut alors \u00e9couter et lire les mots pour en comprendre la dimension cr\u00e9ole : \u00ab des langues imag\u00e9es et r\u00e9paratrices. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Myriam Mihindou tend \u00e0 \u00ab soigner le corps par le mot \u00bb. Depuis 2006, elle d\u00e9veloppe une s\u00e9rie de collages et broderies, Les Langues Secou\u00e9es, o\u00f9 les mots sont diss\u00e9qu\u00e9s, mis en relation afin d\u2019en proposer des critiques et des ouvertures. \u00c0 la Galerie Maia Muller, l\u2019artiste r\u00e9alise une \u0153uvre performative \u00e9galement pens\u00e9e \u00e0 partir des dictionnaires. Au mur, elle \u00e9crit et dessine \u2013 elle s\u2019\u00e9chappe ainsi du format restreint de la page, pour donner une ampleur physique \u00e0 sa recherche. \u00ab Le corps travaille pour faire monter l\u2019\u0153uvre et r\u00e9v\u00e9ler la langue. Il aura fallu du temps, maintenant je vois. \u00bb Elle voit, elle entend \u00ab chanter les mots \u00bb. La relation entre les mots et les sons est active, elle cr\u00e9e un \u00ab d\u00e9bordement \u00bb, un \u00ab r\u00e9veil \u00bb, des sensations intenses. \u00ab Tout d\u2019un coup, j\u2019entends, je vois, je peux identifier les choses, en ce sens c\u2019est une forme d\u2019ivresse. \u00bb Un \u00e9tat d\u2019ivresse qui lui procure l\u2019\u00e9nergie et la force n\u00e9cessaires pour fouiller les profondeurs d\u2019un syst\u00e8me construit sur l\u2019exclusion et la violence. Au mur, elle installe ANALPHAB\u00c8TE , un mot compris comme un \u00ab point n\u00e9vralgique \u00bb. L\u2019\u0153uvre au format imposant (trois m\u00e8tres de long) rend visible une plaie rendue invisible. L\u2019artiste a choisi de le r\u00e9aliser en fils de cuivre, un mat\u00e9riau conducteur, vecteur d\u2019une transmission. Un mat\u00e9riau que les Dogons (Mali) associent \u00e0 l\u2019eau, \u00ab l\u2019eau c\u2019est la parole, la parole est f\u00e9conde. \u00bb2<\/p>\n\n\n\n<p>Le cuivre g\u00e9n\u00e8re une r\u00e9sonance avec la parole : \u00ab la r\u00e9activation des neurones endormis. \u00bb L\u2019oralit\u00e9 est une tradition, un moyen de transmettre des d\u2019histoires, un savoir-faire, des connaissances qui se partagent sans l\u2019appui de l\u2019\u00e9crit. Myriam Mihindou traduit la violence du mot analphab\u00e8te lui faisant l\u2019effet \u00ab d\u2019une bombe atomique \u00bb. Il incarne une d\u00e9consid\u00e9ration, un syst\u00e8me o\u00f9 les dominants cultiv\u00e9s enferment celles et ceux qui ne le sont pas \u00e0 leurs yeux dans \u00ab un \u00e9tat animal afin de s\u2019asseoir un pouvoir.\u00bb Un mode de pens\u00e9e qui ignore un ensemble de connaissances qui ne sont pas transmises par l\u2019\u00e9criture, mais par le corps, la parole, les mat\u00e9riaux. Il s\u2019agit alors pour l\u2019artiste de soigner les mots, le sens qui leur est donn\u00e9 et l\u2019histoire qu\u2019ils v\u00e9hiculent. Elle participe ainsi \u00e0 un mouvement politique visant \u00e0 une d\u00e9colonisation des mots, et plus sp\u00e9cifiquement de la langue fran\u00e7aise. \u00c0 ce propos, Achille Mbembe et Alain Mabanckou \u00e9crivent : \u00ab Nous militons pour une langue-monde, une langue plan\u00e9taire, une langue de l\u2019en commun, v\u00e9hicule de circulation au croisement des forces de vie et d\u2019ouverture ; une langue dont l\u2019humanit\u00e9 dans son ensemble pourrait se servir dans le but de partager des paroles neuves et engag\u00e9es qui interrogent notre destin dans ce qu\u2019il a de commun et de singulier. \u00bb 3<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">1 Toutes les citations de l\u2019artiste sont extraites d\u2019une conversation men\u00e9e le 13 ao\u00fbt 2018.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">2 GRIAULE, Marcel. Dieu d\u2019eau \u2013 Entretiens avec Ogotemmeli . Paris : Fayard, 1966.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">3 MBEMBE, Achille ; MABANCKOU, Alain. \u00ab Plaidoyer pour une langue-monde \u2013 Abolir les fronti\u00e8res du fran\u00e7ais. \u00bb, in Revue du Crieur, n\u00b010, juin 2018, p.67.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Myriam Mihindou est n\u00e9e en 1964 \u00e0 Libreville, Gabon. Elle vit et travaille \u00e0 Paris et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<p>Actualit\u00e9s &#8211; 2018 : Aucun de ses os ne sera bris\u00e9, Commissaire : Alicia Knock, Galerie Saint S\u00e9verin, Paris \/ Transmission, Commissaire : Anne Dopffer &amp; Johanne Lindskog, Mus\u00e9e national Pablo Picasso, Vallauris &#8211; Po\u00e9tique du geste, Commissaires Sonia Recasens &amp; Maud Cosson, La Graineterie, Houilles, France &#8211; 2017 : D&rsquo;un monde \u00e0 l&rsquo;autre, Fondation Salomon, Annecy Biennale de Venise, Performance, Pavillon Arts &amp; Globalization, Venise, Italie \/ Afriques Capitales, Commissaire : Simon Njami, La Villette, Paris \/ Les ailes de mon p\u00e8re, performance, Commissaire : Pascale Obolo &amp; Kader Attia, La Colonie, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Collections en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger :<\/p>\n\n\n\n<p>Fondation Claudine et Jean-Marc Salomon, Collection Abbaye d\u2019Auberive, Collection Sindika Dokolo, Collection Eric Touchaleaume, Mus\u00e9e L\u00e9on Dierx, FRAC Alsace, FRAC R\u00e9union, FRAC Poitou-Charentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Myriam Mihindou<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun de ses os ne sera bris\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>February 22 _ April 26, 2018<\/p>\n\n\n\n<p>Myriam Mihindou est une artiste franco-gabonaise qui travaille le corps et la sculpture dans une chor\u00e9graphie r\u00e9ciproque, habit\u00e9e par la m\u00e9moire comme par l\u2019\u00e9nergie organique et spirituelle des lieux et des mat\u00e9riaux, \u00ab fragiles incassables \u00bb : savon, coton, cire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle produit pour la galerie Saint-S\u00e9verin une performance autour de la derni\u00e8re Louve*, figure matricielle dans son travail : La Lopa &#8211; Myrte &#8211; fil de soie &#8211; \u00e9tymologies \u2013 chanvre &#8211; fleurs de coton \u2013 plume &#8211; Paris 2015-2016 (en deux partie, t\u00eate de la louve et socle en coton &#8211; (la derni\u00e8re louve).<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8re de la s\u00e9rie des neuf louves qu\u2019elle a sculpt\u00e9es, elle apparait comme un martyr \u00e0 la t\u00eate tranch\u00e9e mais semble aussi offerte \u00e0 une possible r\u00e9surrection. Cette louve, d\u00e9pos\u00e9e dans la vitrine pens\u00e9e comme un reliquaire, s\u2019oppose aux autres Louves suspendues de l\u2019artiste, hant\u00e9es par la m\u00e9moire des \u00ab strange fruit** \u00bb. La louve derni\u00e8re, pos\u00e9e sur son socle de coton est une offrande, de blessure et de gu\u00e9rison, qui rend hommage \u00e0 l\u2019\u00e9nergie f\u00e9minine et \u00e0 ses forces r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratrices, elles-m\u00eames au c\u0153ur de l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste. Cette d\u00e9position est envelopp\u00e9e par un ex-voto : psaume de douceur de langue secou\u00e9e, en attente de surgissement &#8211; depuis le titre du projet &#8211; pour polir un temps de secousse. La s\u00e9rie des Langues secou\u00e9es, elle aussi op\u00e9ratoire dans le travail de Myriam Mihindou, est une tentative d\u2019appropriation corporelle de l\u2019\u00e9tymologie, qui int\u00e8gre les g\u00e9n\u00e9alogies crois\u00e9es, conscientes et inconscientes, habitant notre rapport au mot, notamment quand il est travers\u00e9 par le corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re le verre de la vitrine, la t\u00eate de la louve conserve l\u2019\u00e9nergie de son squelette : \u00ab [elle] garde tous ses os, aucun d\u2019eux n\u2019est bris\u00e9 \u00bb (Psaume 34, 20). Derri\u00e8re le verre de la vitrine, la t\u00eate de la louve conserve l\u2019\u00e9nergie de son squelette : \u00ab [elle] garde tous ses os, aucun d\u2019eux n\u2019est bris\u00e9 \u00bb (Psaume 34, 20).<\/p>\n\n\n\n<p>*\u00ab Le reliquaire, que j\u2019associe \u00e0 la figure de la Louve, est une figure esth\u00e9tique importante dans l\u2019imaginaire collectif du Gabon. Il \u00e9tait plac\u00e9 sur les ossements de nos anc\u00eatres et repr\u00e9sentait une lign\u00e9e, un point de communication sacr\u00e9 entre les vivants et les morts. Dans ma construction sur le travail des louves, tout un processus se met en place&#8230; Je pars de mots choisis sur plusieurs jours, plusieurs semaines, ils m\u2019am\u00e8nent \u00e0 d\u2019autres mots, d\u2019autres formules, puis des psaumes&#8230; et dans ce jeu des rapports je fais monter le caract\u00e8re de mes louves, je dirai m\u00eame l\u2019identit\u00e9 de mes louves &#8211; ce geste de m\u00e9ditation, de prospection et de patience r\u00e9v\u00e8le ce que je nomme l\u2019esth\u00e9tique de l\u2019\u0153uvre. \u00bb Myriam Mihindou, f\u00e9vrier 2018<\/p>\n\n\n\n<p>**Southern trees bear strange fruit Blood on the leaves and blood at the root Black bodies swinging in the southern breeze Strange fruit hanging from the poplar trees&#8230; Billie Holiday<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma construction sur le travail des louves, tout un processus se met en place&#8230; Je pars de mots choisis sur plusieurs jours, plusieurs semaines, ils m\u2019am\u00e8nent \u00e0 d\u2019autres mots, d\u2019autres formules, puis des psaumes&#8230; et dans ce jeu des rapports je fais monter le caract\u00e8re de mes louves, je dirai m\u00eame l\u2019identit\u00e9 de mes louves ce geste de m\u00e9ditation, de prospection et de patience r\u00e9v\u00e8le ce que je nomme l\u2019esth\u00e9tique de l\u2019\u0153uvre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><br>Myriam Mihindou, f\u00e9vrier 2018<\/p>\n","protected":false},"featured_media":21257,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"tags":[6],"class_list":["post-21255","exposition","type-exposition","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","tag-passees"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/exposition\/21255","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/exposition"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/exposition"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/21257"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21255"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maiamuller.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21255"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}