Les plus distraits associent encore aujourd’hui François Boisrond à sa manière de jeunesse, celle de la figuration libre, le dernier courant artistique français. Un stigmate de sa traversée des années anti-peinture en France (1986-2008) à persévérer dans sa pratique, dans une lente évolution.Il ne s’est pas installé dans un style faussement naïf, des sujets personnels et une malfaçon charmante, mais a assumé dans le temps, en confiance et humilité, un savoir-faire. Comment rester innocent et frais dans une carrière de plus de quarante ans ? En rejouant notamment sa peinture au regard de l’Histoire de l’Art, en se laissant contaminé par une exigence plus grande, des effets plastiques plus fins, des thèmes plus larges, pour résumer : quitter un monde intime pour celui commun de la réalité. Il a ainsi entre autres représenté Paris dans sa contemporanéité, archivé de loin le spectacle des différentes biennales de Venise ou encore plus récemment reconstitué des scènes de vies de Saints. Avec sa première exposition personnelle à la Galerie Maïa Muller, François Boisrond propose dès lors une série d’une vingtaine de tableaux de paysage autour des ouvrages d’art, ces vastes gestes architecturaux trônant bonnement dans leur milieu : de la tour Eiffel au Viaduc de Millau, du pont de Normandie à la station de ski d’Avoriaz. Les compositions sont simples et frontales, un prospectus promotionnel offert dans un train normand a servi de modèle pour ses peintures du Mont-Saint-Michel par exemple. Le point de départ est aussi modeste que l’exécution raffinée, Boisrond s’est laissé impacté par l’arrivée du numérique dans son œuvre. Depuis les années 2000, il peint d’après photographie, plus précisément depuis Photoshop. Il dissèque son image source à coup de script conçu par ses soins lui préparant un plan de bataille dans la construction du tableau, des fonds de gris colorés aux rehauts dansants des dernières touches. Tout à l’économie, solidement charpentée par une pratique assidue du dessin, le peintre trouve notamment de joyeuses efficacités dans le traitement des lointains : l’horizon des immeubles parisiens en surplomb, de grands gestes de vibrations de l’eau autour du Mont-Saint-Michel ou encore les haubans du pont de Normandie se détachant subtilement de l’estuaire de la Seine. Il n’hésite pas également à transposer les bruits numériques dans sa peinture, ces irisations de pixels bleutées ou violacées tandis que ses touches de matières translucides sur fond blanc rappellent l’image rétroéclairée de l’écran. C’est un enjeu bien connu des traités de peinture : ne pas sacrifier l’ensemble au détail. Boisrond conserve ici de manière originale une harmonie d’unité colorée grâce à sa méthode de monté à la vue : De près, sa patte est libre, dansante, hétéroclite et tout en raccourci plastiques parfois flou alors que de loin la cohérence visuelle renvoie à un univers où la distinction entre le monde naturel et celui de l’artifice n’a plus d’objet. « Tout se touche » comme le décrit l’artiste Marie-Claire Mitout, tous les éléments restent en rapport. Et malgré des sujets aussi inquiétants qu’une centrale nucléaire, un échangeur autoroutier ou Notre-Dame en travaux, autant de grands gestes humains qui constituent le paysage et pourquoi pas le menace, c’est bien un apaisement, une sérénité, une confiance immuable dans le réel tel qu’il est qui ressort de ces tableaux.
Thomas Lévy-Lasne









