Balance des impairs
IO BURGARD
18.03.2017 - 22.04.2017

Io Burgard par Jean-Michel Alberola

I.b

Io B. fabrique des machines à capturer ce qui ne peut se capturer. Elle excelle dans cette tâche impossible puisqu’elle sait depuis son enfance qu’écrire seulement le mot  » impossible » c’est déjà l’attraper et en faire une machine que vous pouvez transporter avec vos bras, vos mains et même vos yeux. Nous pouvons dès lors affirmer ici, et par voie de conséquence: étant elle-même délicate et fragile, ses machines hirsutes le sont aussi!

JMa 1902201717h45 PARIS

Entretien avec Gaël Charbau, Février 2017

G.C.: Tu as intitulé cette nouvelle exposition « la balance des impairs », qui suggère un rythme, un va-et-vient, un dialogue entre des formes… est-ce une clef de lecture pour comprendre ton accrochage?

I.B.: L’exposition se construit sur le principe d’une dualité, le fantasme comme moteur, la contrainte comme temps de contemplation ou paralysie. C’est plus spécifiquement la limite de cette dualité qui est explorée. Limite qui pourrait devenir un espace. Les images allégoriques du pont et de la porte comme passage d’un état à un autre, d’un statut à un autre, habitent l’exposition. L’idée de donner une dimension sculpturale au dessin, par la résine ou le cadre en plâtre, de jouer sur le principe de bas-relief illustrent de manière formelle le principe d’une troisième forme, ni dessin, ni sculpture mais les deux. Mes dernières recherches de dessins résinés translucides jouent sur le principe de passage, ici du plan. J’aimerais exploiter cette question comme celle du degré et de l’agglomération pour cette exposition. Travailler sur la formule 1+1=3, et développer un principe d’installation qui fonctionne comme un ensemble et qui se raconte en même temps par pièces autonomes.

G.C. : Il y a au fil de tes propositions quelque chose qui me fait penser à une sorte d’encyclopédie impossible, où tu mélangerais toutes sortes de connaissances, sous formes de fragments d’observations et de spéculations…

I.B.: Absolument, ce sont des recherches! Si je pouvais j’écrirais d’avantage, ce serait beaucoup plus simple pour clarifier mes pensées, qui sont de l’ordre du pressentiment. Mais en ce moment, pour moi, l’intuition se revendique mieux formellement.

G.C.: Est-ce qu’un travail d’écriture précède la création de tes œuvres ?

I.B.: J’utilise toujours l’écriture, qui alimente mes images qui fonctionnent un peu comme des idées. Quand tu ne parviens pas à décrire, tu « fais un dessin », une image. Avant de trouver des formes, qu’il s’agisse de sculptures ou de dessins, je rends des notes, je collectionne des documents. Le mot est alors un support de forme, il quitte peu à peu l’espace des images que je produis. Je me suis intéressée aux statut des pièces que je produisais, une image peut devenir un objet, là encore glisser dans une autre dimension. Le principe des dimensions serait un peu comme des degrés de compréhension, de points de vue, pour moi c’est comme faire un pas de côté.

G.C.: On retrouve dans beaucoup d’oeuvres la présentation d’une action qui semble s’accomplir, souvent à l’aide d’un mécanisme rudimentaire. Elles me font parfois penser à des morceaux de notices dont on aurait perdu des morceaux d’explication…

I.B.: Le mécanisme évoque un mouvement, et de fait implique l’idée d’un passage, d’un état à un autre, du point A au point B. Ce ne sont pas des bouleversements grandioses mais de petits déplacements qui suffisent à donner la direction. De toute façon, on ne sent pas actuellement de grandes marges de manœuvres possibles… Pour ce qui est des explications, je ne souhaite pas être autoritaire, je propose des formes qui me semblent avoir des points d’accroches, c’est au regardeur de les réinvestir.

G.C.: Mais ta « mécanique » s’exprime souvent par des formes indolentes…

I.B. : Les formes molles ou informes sont en réalité assez définies, ne serait ce que visuellement. Elles flottent parfois comme des idées indéterminées. Je cherche à rendre compte formellement des pensées qui me traversent. Ce sont souvent des flux d’idées, d’où aussi les formes tubulaires. Il faut alors les reconstruire, leurs donner une forme de narration.

G.C. : L’idée d’une forme absurde semble aussi t’intéresser?

I.B.: j’aime jouer sur cette idée de conditionnel ou de potentiel. Le conditionnel pourrait tout-à-fait être le temps de cette exposition. Tant un souhait qu’une hypothèse, il propose aussi une action soumise à condition. L’injonction « si » contraint le mouvement mais la possibilité qu’elle sous tend dans la formule du souhait ravive la dynamique. C’est le passage d’une intention à une autre sur le même mode qui donne l’alternative. Si tous les chemins mènent à Rome, déblayons en un énième avec choix de destination.

Io Burgard est née en 1987 à Talence, France. Elle vit et travaille à Paris.

Quelques dates

Automne 2017 : Group Show, Commissaire : Gaël Charbau, Fondation d’entreprise Hermès, Palais de Tokyo, Paris / Group Show, Le Nouveau Monde Industriel, Commissaire : Nicolas Bourriaud, Galerie Continua – 2016 : Résidence Manufacture de cuir de Seloncourt , Fondation d’entreprise Hermès, sous le parrainage de Jean-Michel Alberola – 2015 : La Ligne Rouge, Galerie Maïa Muller, Paris / Le cri du poisson, présentée par Daniel et Florence Guerlain, Premier Regard, Paris / Ravages, Point Éphémère, Paris / Chers objets, Réfectoire des Cordeliers, Paris – 2014 : Ioland , ENSBA, Paris, France / Confort Moderne, Clovis XV, Bruxelles, Belgique / Birthday Party, La Gad, Marseille – 2013 : Les Méprises, L’été Indien, Collège François Fillon, Paris / Waterproof Urgent Paradise, Lausanne, Suisse / ICI et ailleurs, Beaux-Arts de Paris, France / Die schönen Tage *Les beaux jours, Atelier Rouart, Paris, France.

Formation – 2014 : Diplôme (DNSEP) aux Beaux-Arts de Paris – 2012 : Diplôme (DNSEP) d’illustration aux Arts Décoratifs de Strasbourg / Diplôme (DNAP) aux Beaux-Arts de Paris – 2010 : Diplôme en communication et illustration (DNAP) aux Arts Décoratifs de Strasbourg.