En 1974, Daniel Buren réalise une exposition à la Kunsthalle de Köln, Kunst bleibt politik , littéralement l’art reste P olitique. Il réagit avec force à la censure opérée par le musée à l’encontre de l’œuvre de Hans Haacke. Au mur, il affiche une note, un statement qui dénonce la censure, « la farce de la liberté accordée aux artistes » et « le système moribond acculé dans ses contradictions ». L’art reste politique. Le titre de l’exposition pose une réflexion sur le statut et le rôle des artistes. La question de la valeur politique de l’art est aussi convoquée. Dans un premier temps, il n’est pas inutile de revoir la base, la définition de la politique, du grec polis (la cité) et –ikos, qui concerne le citoyen, la structure et le fonctionnement de la société au sein de laquelle il vit et évolue. Lorsqu’un individu s’exprime sur la vie de la cité, son organisation, ses mécanismes, ses modes d’action, leurs conséquences sur le quotidien de chacun, il affiche une opinion, un point de vue qui mène à une discussion, un débat, une manifestation. Les artistes prennent position en faisant œuvre, en se confrontant physiquement au réel de la cité, en lui donnant des formes, des images, des odeurs, des sons, des matières, des voix. Parce qu’ils posent un regard sur le réel, parce qu’ils manifestent publiquement une pensée, ils font nécessairement acte politique. La création est un geste politique. Elle agit sur, dans et par le réel. L’œuvre est la traduction plastique d’un choix, d’une intuition, d’un discours, d’un engagement. La manifestation immatérielle d’une réflexion peut comporter une dimension critique qui va donner la mesure de l’engagement politique de l’artiste. Un engagement qui trouve différentes traductions et différents tons : métaphorique, transgressif, poétique, brutal, ironique, idiot, subtil, insolent. Il existe ainsi une pluralité d’approches critiques de la cité, du système qui la régit. En faisant appel à l’Histoire, à l’expérience personnelle et à l’actualité, les œuvres traduisent alors une violence, un rejet, un refus de l’autorité, de l’inégalité, de l’assignation, de la conformation et du compromis. À l’heure des lanceurs d’alertes, les artistes jouent un rôle précieux, ils sont des veilleurs. Ils partagent une conscience du monde, de la cité, de l’Histoire, des dérives. Ils veillent à maintenir éveillée une conscience collective en proie à la léthargie, la soumission et l’indifférence.
Julie Cren









