[…] Je ne souhaite pas raconter quelque chose au sens d’une histoire qui aurait un début et une fin, ni même faire du dessin un outil de revendication ou d’indignation. Il s’agit davantage d’aller fouiller dans la complexité des relations entre les humains, des humains avec l’animalité, des humains avec la mort, des humains avec les choses, et les questions de pouvoir induites par ces relations. Quand mon imaginaire vient se cogner au réel, je ne fais pas des dessins pour dire à ceux qui les regardent « regardez comme le monde va mal ! », ils peuvent s’en rendre compte quotidiennement par eux-mêmes. C’est la densité du vivant qui m’intéresse et la tension dans les relations qu’elle sous-tend et englobe dans sa diversité. De cette friction avec le réel, on peut voir poindre l’ombre d’un doute, et ça, c’est une dimension beaucoup plus jouissive. Cela peut produire un dialogue hermétique, mes dessins le sont parfois, mais témoignent de ce qu’il y a de fécond dans cette inévitable friction. Étrangement, quand on lit de la poésie, on ne se demande pas pourquoi ce qu’on lit est poétique. C’est souvent sur soi-même que l’on bute devant une image, peut-être parce que l’on pense à tort que le travail est fait. Or, uneffort est encore nécessaire devant ce qui achoppe. C’est la raison pour laquelle je n’aime pas les images définitives qui imposeraient d’emblée un sens acceptable par confort. Je préfèrerais toujours celles qui font vaciller quelque chose en moi du fait de leur incomplétude en ouvrant sur ce qui ne se résout pas.
Entretien avec Philippe Ancelin,
Exposition Disparates , Bourg-La-Reine
Septembre 2016.









