27.10 / 26.11

FRITZ BORNSTÜCK
SCHICHTENDICKICHT (ENTROPICAL PARADISE)
Vue d’exposition Galerie Maïa Muller – Copyright Rebecca Fanuele
#1
Fritz Bornstück
Betonknacker, 2022
Huile sur toile
100x80cm
#2
Fritz Bornstück
Vorfahren (Entropical Paradise), 2022
Huile sur toile
190x140cm
#3
Fritz Bornstück
Reinforcements, 2022
Huile sur toile
140x120cm
#4
Fritz Bornstück
KOK, 2022
Céramique émaillée
125x38x43cm
#5
Fritz Bornstück
Dyermakers Mark, 2021
Huile sur toile
100x80cm
Vue d’exposition Galerie Maïa Muller – Copyright Rebecca Fanuele
#6
Fritz Bornstück
Schichtendickicht (Wegwarthe), 2022
Huile sur toile
100x80cm
#7
Fritz Bornstück
Grünschnabel , 2022
Huile sur toile
100x80cm
Vue d’exposition Galerie Maïa Muller – Copyright Rebecca Fanuele
 
#8
Fritz Bornstück
Arnika, 2022
Huile sur toile
60x50cm
 
#9
Fritz Bornstück
486, 2022
Huile sur toile
 60x50cm
 
#10
Fritz Bornstück
Polly Cracker (Lovebird), 2022
Huile sur toile
60x50cm
 
#11
Fritz Bornstück
Poppies, 2022
Huile sur toile
60x50cm
 
#12
Fritz Bornstück
Ludmilla, 2022
Céramique émaillé
70x38x38cm
 
#13
Fritz Bornstück
Berg (Melancholia returns), 2022
Huile sur toile
24x18cm
 
#14
Fritz Bornstück
Barthelby,  2022
Huile sur toile
24x18cm
 
#15
Fritz Bornstück
Spreader (Violet), 2022
Huile sur toile
24x18cm
 
#16
Fritz Bornstück
United colors (Phantom Limb remix), 2022
Huile sur toile
50x40cm
 

On reconnaît dans les peintures de Fritz Bornstück quelques parentés avec les épouvantails plantés dans les champs ou avec les nains en plastique, les biches en plâtre, les statues antiques en béton, les lions et les lapins … qu’on regarde amusés dans les jardins coquets aperçus au hasard d’une promenade. Ces mondes que nous imaginons parallèles au nôtre, uniquement parce que nous n’y prenons garde, obéissent à des logiques qui ne sont pas plus invraisemblables que celles des guerres que nous menons ou des désordres que nous organisons qui laissent derrière eux des ruines et des déchets amoncelés.

Voyez la vie qui se développe dans le fouillis des buissons et des parterres, dans l’entrelac des branches, des racines, des feuilles, des fleurs épanouies ou séchées, des canettes vides, des oiseaux multicolores, des bouteilles et des mégots. Là, un bousier roule une pelote de merde en forme de crâne à moins qu’il ne promène un minuscule crâne humain à la taille de l’insecte ; ailleurs, une jeune fille en ferraille, aux jambes faites de pieds de table, portant une robe rouge, agite un drapeau et tient par l’épaule un jeune homme identique à elle, vêtu d’un arrosoir mauve ; ils sont seuls, joyeux et amoureux dans la forêt où s’entassent de vieilles bassines.

Fritz Bornstück peint des assemblages apparemment incongrus faits de carcasses métalliques et de vieilles machines usées et vides, abandonnées dans des bois et dans des prés. Mais, on le sait, la nature elle-même use d’artifices curieux ; on connait les stratagèmes étranges par lesquels passent les actes de la naissance des fleurs qui attirent les insectes qui vont les féconder, on n’ignore pas les règles compliquées qui font de la chenille un papillon ou celles qui incitent les serpents à muer en abandonnant derrière eux, dans les bois et dans les prés, une peau usée et vide.

Il y a dans ces peintures mélancoliques à la fois de la douceur et de la violence ; une violence sous-jacente et une douceur résignée qui affleurent dans un temps incertain, non défini, comme dans toutes les histoires qui se répètent de loin en loin, nourries de récits oubliés, de contes répétés, de frayeurs et de soulagements refoulés, de cachettes et d’ogres rencontrant des souris qui se changent en carrosse, de petits cailloux blancs et des morceaux de pain mangés par des perroquets multicolores.

Car, comme dans tous les contes, toutes les légendes, le merveilleux existe au même titre que ce qui forme le monde ; le merveilleux apparait naturellement. C’est une chose simple et s’il n’y a nul étonnement à savoir Daphné être transformée en laurier quand Apollon la touche, il n’y en a pas davantage à voir une cafetière ou une bouilloire jetées dans les sous-bois être naturellement la tête d’un personnage qui marche ou à constater qu’un vieux poste de radio à transistor lance à l’aide d’un porte-voix quelques muettes imprécations sous la forme d’un drapeau ou encore à découvrir qu’un bouquet de fleurs traverse une dalle de béton.

Les mécaniques ont leurs lois et, pour qui en est ignorant, elles sont mystérieuses voire incompréhensibles – ou divines, comme on a pris l’habitude de le dire quand on croit assister à un miracle.

Dans un jardin plein de fleurs et d’oiseaux, de vieilles caisses en carton et de bidons rouillés, d’herbes vertes et de coquelicots rouges, de mégots fumant et d’escargots qui grimpent sur des bouteilles vides peuplent l’univers profane aussi bien que religieux, c’est-à-dire le merveilleux qui est nécessaire à l’entendement du monde.

Laurent Busine

Laurent Busine est historien d’art et commissaire d’exposition. Ancien directeur du MAC’S au Grand-Hornu de 2002 à 2016. Ancien directeur des expositions au Palais des Beaux-Arts de Charleroi de 1983 à 2002. Auteur de nombreuses publications, dont la première monographie consacrée à Giuseppe Penone.